Les biostimulants et le biocontrôle

Les bio stimulants et le bio contrôle : une alternative d’avenir ? Ces solutions permettent de diminuer l’utilisation de produits phytosanitaires chimiques et de développer l’agriculture biologique… Mais qu’en est-il de la réalité ? Des professionnels du milieu répondent.

PISTE 1 : Des produits ne correspondant pas à la nature de l’exploitation

Les biostimulants sont, selon une définition de l’European Biostimulants Industry Council (EBIC) proposée en 2014, « un matériau qui contient une / des substance (s) et / ou un ou plusieurs micro-organismes dont la fonction, appliquée aux plantes ou à la rhizosphère, est de stimuler les processus naturels pour améliorer l’absorption des nutriments, l’efficacité des nutriments, la tolérance le stress abiotique et la qualité de la culture, quelle que soit la teneur en nutriments du biostimulant ».

Le biocontrôle est « l’ensemble des méthodes de protection des végétaux qui utilisent des mécanismes naturels. Il vise à la protection des plantes en privilégiant l’utilisation de mécanismes et d’interactions qui régissent les relations entre espèces dans le milieu naturel ».

Les résultats agricoles sont liés à de nombreux facteurs : marché, climat, variété, sol, dose des produits utilisés, environnement, biodiversité, etc. Tandis que les résultats des essais avec des Bio stimulants ou Bio contrôle sont difficilement mesurables agronomiquement, scientifiquement et économiquement. Philippe Ducept, agriculteur et Président de la Commission Eau et Environnement à la FDSEA85, a tenté plusieurs fois l’expérience sur son exploitation, dans différents domaines et avec différentes sociétés sans obtenir de résultats pertinents.

Pour sa part, après l’utilisation de certains produits, Philippe Ducept a constaté qu’il n’obtenait pas  systématiquement le même résultat sur des cultures identiques ou d’une année sur l’autre. Parfois, le développement racinaire et le développement foliaire étaient rentables alors que le rendement ne l’était pas. Les Biostimulants sont donc des produits coûteux. Ils sont des produits substituables que les agriculteurs peuvent utiliser si le marché suit et si les gains rentabilisent le produit. Actuellement, ils représentent un risque ou une charge supplémentaire.

PISTE 2 : L’inquiétude des agriculteurs face aux entreprises de bio-stimulants et bio-contrôles

Philippe Ducept a notamment remarqué qu’aucuns dispositifs n’étaient rentables pour permettre aux agriculteurs de choisir une alternative aux produits chimiques : les entreprises de bio-stimulants et bio-contrôles ne proposent pas de faire des essais gratuits. Sur certaines exploitations, les essais mis en place n’ont pas été correctement suivis, les questions des agriculteurs sont donc restées sans réponses.

Généralement, les sociétés n’impliquent pas les agriculteurs dans la recherche et le développement, elles préfèrent convaincre sur place que leurs produits sont des solutions miracles. Elles fonctionnent à grande échelle, ce qui les éloignent des problématiques de terrain, des besoins des agriculteurs et de la réalité de leur marché. Généralement, les agriculteurs ne savent plus à quel interlocuteur s’adresser et les acteurs de ces entreprises présents sur le terrain sont des commerciaux.

Les vendeurs qui arrivent sur les exploitations ont des profils généralistes et s’intéressent peu aux besoins des agriculteurs. Toutes ces raisons poussent beaucoup d’agriculteurs a abandonné les biostimulants.

Pour Philippe, l’agriculture doit se recentrer sur ses sols, se réapproprier son système. Les agriculteurs doivent s’appuyer sur les fondamentaux de l’agronomie en allant sur le terrain pour mieux comprendre le fonctionnement des sols et leurs besoins. Avec des agriculteurs plus sensibilisés aux fondements de l’agronomie, les vendeurs de demain devront disparaître au profit des techniciens et conseillers qui se déplacent directement sur le terrain. Pour les agriculteurs, le but des biostimulants est de limiter les charges d’exploitation et diminuer l’impact de leurs pratiques sur l’environnement.

PISTE 3 : Les agriculteurs ont besoin d’être rassurés

Actuellement, les biostimulants n’ont pas besoin d’Autorisation de Mise sur le Marché car ils sont classés en engrais foliaire. En 2021, une réglementation européenne devrait passer pour voter l’obligation d’Autorisation de Mise sur le Marché pour ces produits. Selon Patrick Neau, de la société productrice de Biostimulants VERTAL, la réglementation serait favorable car elle permet de limiter les dérives. Cependant elle doit rester accessible pour les PME et TPE en termes de coût et de durée d’obtention.
Loïc Rineau, agriculteurs et Président de l’association Nature et Vie Vendée,  explique que les agriculteurs ont besoin d’être rassurés, de constater des résultats sur le terrain ou d’avoir des repères. Ils ont besoin d’être sécurisé sur le résultat et non de servir de cobayes, de voir des vendeurs arrivés chez eux pour leur proposer des produits et des solutions « miracles ». Selon Patrick Neau, les Biostimulants sont mis à l’écart alors qu’ils peuvent apporter des solutions. Les agriculteurs sont sceptiques et ont besoin d’être rassurés.

L’agriculture est un système complexe et les Bio stimulants sont un élément du système. Ils sont, malgré tout, une solution parmi beaucoup d’autres afin de limiter les risques liés à l’agriculture : ils sont comme une assurance. En situation optimale, ils peuvent être utiles.

Mathieu Limouzin, directeur technique chez VERTAL , nous a parlé des biostimulants et du biocontrôle lors de son intervention durant le concours.

PARTICIPANTS

Camille ORUS
Chargée de mission Innovation,
Crédit Agricole Ile de France
Amadou Tidiane Sow
Journaliste/Communicant sur
les Questions Agricoles
Thibaut LE FLOCH
Étudiant à l’école d’ingénieurs (ESA) d’Angers
Patrick Géliot
Via Végétale